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Schauspielhaus Zürich
Troie est réduite en cendres. La guerre est enfin terminée, mais la brutalité est restée, chez les gens, dans leurs actes. Ils semblent avoir perdu toute boussole dans leurs rapports entre eux. Face à des femmes et des jeunes filles sans défense, le passage de la tendre chamaillerie à l’abus, voire au féminicide se fait insensiblement. Lorsque la convention première d’une coexistence respectueuse s’est perdue, la cruauté est simplement une modalité parmi d’autres dans les relations entre les gens.
Hécube (Hekabe en grec), reine de Troie, et ses compagnes se retrouvent, déportées et captives, dans les cales d’un navire de guerre sur le pont invisible duquel les Grecs fêtent leur victoire. Les Troyennes sont livrées à l’arbitraire et à la violence sexuelle de leurs « maîtres ». Pendant la guerre, Hécube a perdu presque tous ses enfants. Il lui en reste deux. Et voilà qu’il est question de sacrifier l’une des deux, sa fille Polyxène. Hécube ravale sa fierté et va parler avec tout le monde, elle en appelle à l’humanité, à la raison, elle argumente avec charme et diplomatie. Il semble qu’elle soit entendue… mais non, l’action politique suit son cours comme si de rien n’était. Comme si rien n’avait été dit !
Le tout dernier enfant d’Hécube, Polydore, vit caché. Sa mère voulait le garder à l’abri de la guerre et de la violence. Or cet enfant a succombé à la cupidité et à l’opportunisme de son protecteur. Dès lors, Hécube est à bout. Elle ne croit plus qu’il existe une voie au-delà de la violence.
Il est frappant de voir à quel point la pièce d’Euripide parle de notre temps sans pour autant que son texte ait été modernisé de façon significative. Cela tient avant tout à la façon extraordinairement suggestive dont les deux metteurs en scène mènent le récit en misant sur des visions cauchemardesques. Celles-ci parlent davantage à notre inconscient qu’à notre intellect. Tout cela, nous l’avons déjà vu et ressenti, et pas n’importe quand, non – plus ou moins pendant ces trois dernières années : le choc, la sidération, le désarroi, le mouvement instinctif de révolte, le retour à la raison et la décision d’agir. Mais l’action donne l’impression d’être manipulée. Comme si nous avions rendu les armes devant un algorithme qui a toujours su d’avance ce que nous allions faire. Et ce n’est pas une bonne chose.
Julie Paucker
Un tandem grec assure la mise en scène : Angeliki Papoulia et Christos Passalis, co-fondateurs du BLITZ theatre group, qui se sont aussi fait connaître pour avoir joué dans les films du réalisateur plusieurs fois primé Yorgos Lanthimos (« The Lobster »). Ils collaborent ici avec le scénographe hongrois Márton Àgh (décors) et Katrin Wolfermann (costumes), ainsi qu’avec le musicien Nicolas Fehr. Ensemble, ils créent une caricature de notre société. Le BLITZ theatre a fait un leitmotiv de la question qui semble aussi hanter Hécube : « Comment en sommes-nous arrivé·e·s là ? »
« Dans les tableaux sombres, traversés de bancs de brouillard, de Papoulias et Passalis, on commence à comprendre, par les sens, ce que signifie sentir et penser dans un monde où la violence ne connaît pas de bornes. [...] Une expérience à la fois angoissante et fascinante. »
Johannes Bruggaier, Südkurier
« L’action et le texte suivent l’original d’assez près, mais rien ne paraît être d’un autre temps, tout est vivant. »
Mirja Gabathuler, nachtkritik.de
AVERTISSEMENT :
Ce spectacle aborde le thème de la guerre et de ses conséquences, notamment le deuil, la perte et l'exil. Il traite également de la violence et de la mort infantile. Des scènes de vomissements sont parfois représentées.
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Service de navette
Après le spactacle nous vous proposons un service de navette gratuit vers Yverdons-les-Bains à 23h00.
Nous vous prions de vous inscrire auprès de nous pour ce trajet afin que nous puissions vous réserver une place : coordination@journees-theatre-suisse.ch
Auteur : Euripides
Mise en scène : Angeliki Papoulia Christos Passalis
Jeu : Yvon Jansen, Lorena Handschin, Lena Schwarz, Hilke Altefrohne, Laina Schwarz, Lukas Darnstädt, Henri Mertens, Mervan Malwin Ürkmez, Matthias Neukirch, Simon Kirsch, Kenan Wirth (enfant)
Traduction : traduit du grec par Dietrich Ebener
Scénographie : Márton Ágh
Costumes : Katrin Wolfermann
Musique : Nicolas Fehr
Choréographie : Chara Kotsali
Dramaturgie : Rose Reiter
Rêgie : Dayen Tuskan
Soufflage : Katja Weppler
Production : Schauspielhaus Zürich
Surtitres en français : Subtext, Dòra Kapusta
Surtitres en anglais : Panthea